Quel est l'objectif et but ultime d'un politique et élu ?
C'est de faire pleuvoir la manne de l'argent public, qui ne lui appartient pas,
sans, toutefois, devoir en rendre le plus petit compte, mais qu'il met, cependant,
au service de sa propagande et intérêts personnels, en vue de sa réélection,
et pour conserver son train de vie et s'enrichir toujours plus,
au détriment et pour le malheur de ses concitoyens.
" Le Canard Enchaîné " enquête sur un marché
public de l'Etat, coûtant 3,5 milliards d'euros aux contribuables
français, qui aurait été " passé en douce ", " trompant " la concurrence,
au profit de Bouygues, n°1 mondial du BTP, entreprise privilégiée du
Pouvoir politique à son sommet, destiné au " Pentagone français ",
dont a voulu se doter, personnellement, Nicolas Sarkozy,
l'actuel président de la République...
Les Français s'interrogent, s'il n'y aurait pas, là, un " remake "
d'un des plus gros scandales d'Etat du siècle, selon les magistrats,
des " marchés publics des lycées d'Ile-de-France ". V. post
à ce sujet sur le présent site...
Bouygues a des problèmes de parquet
Mieux qu'une dinde : le bétonneur en chef, Martin Bouygues, rêvait de passer " Le Canard " à la casserole pour les fêtes de fin d'année. Il n'a pas digéré les révélations du Palmipède sur le marché de la construction et d'entretien du nouveau ministère de la Défense. A savoir l'ouverture d'une information judiciaire pour corruption et favoritisme sur ce contrat de 3,5 milliards attribué, en février 2011, à un consortium d'entreprises emmené par le groupe Bouygues.
Pour riposter, Martin a demandé à ses avocats de téléphoner au procureur de Paris, François Molins. Ce magistrat, qui était jusqu'au mois dernier directeur de cabinet du garde des Sceaux, allait, pensait-il, lui tendre une main secourable. En fait, Molins a refusé courtoisement de lui livrer le contenu du dossier. Et, bien sûr, de publier un communiqué que les avocats lui demandaient pour innocenter leur client.
Quarante-huit heures après la sortie du " Canard " du 7 décembre, les dirigeants du groupe répètent pourtant à qui veut les entendre : " Il n'y a rien dans le dossier d'instruction. "
Un procureur qui se rebiffe
Le 15 décembre, Martin Bouygues lui-même donne une interview tonitruante aux " Echos " pour tordre le cou du Volatile : " Ces insinuations sont mensongères et fausses. Nos avocats ont demandé au procureur si Bouygues était impliqué, la réponse est non. (...) Je suis en colère et je porte plainte. Nous allons assigner " Le Canard Enchaîné " en diffamation. " Bref, " Le Canard " est cuit.
Mais ce même jeudi 15, l'encre de l'interview n'est pas encore sèche qu'une déclaration officielle du parquet de Paris, relayée par l'AFP, vient clouer le bec au bétonneur. " Oui, le procureur a eu en ligne un avocat de Martin Bouygues, mais en aucune façon il ne lui a dit que le dossier était vide ", tacle une adjointe du procureur Molins. Avant d'ajouter, cinglante : " Entre ne pas révéler des éléments et prétendre que cette non-révélation signifie que le dossier est vide, il y a un raccourci qui n'est pas la réalité. "
Le magistrat a été agacé par la démarche du bétonneur. Brocardé par ses collègues pour son passage dans plusieurs cabinets ministériels, soupçonné d'être aux ordres du pouvoir, François Molins se serait bien passé d'un pareil baptême du feu à la tête du parquet de Paris...
Après la justice, le bétonneur a fait sa cour aux journalistes. Il leur a servi une fable selon laquelle toute l'affaire reposerait sur un gros malentendu : l'enquête judiciaire ne concernerait pas le " Pentagone à la française ", mais la rénovation par d'autres sociétés, de deux tours voisines, édifiées également sur un terrain militaire. Faux, comme le confirment plusieurs magistrats : les soupçons de corruption portent bien sur le contrat de partenariat public-privé attribué au géant du BTP.
Des hommes grenouillent
Mais pendant que Martin Bouygues s'agite, les investigations continuent. Les enquêteurs ont identifié des " gens qui grenouillent au ministère de la Défense pour gagner de l'argent dans tous les sens ".
Juges et policiers cherchent toujours à établir si Bouygues a eu, ou non, communication avant ses concurrents du cahier des charges du futur ministère. Ce document, appelé " dossier de consultation des entreprises ", avait été saucissonné en trois parties.
Le dernier volet n'a été transmis aux candidats que le 12 novembre 2010, soit deux mois avant la clôture de la compétition. " Cette troisième partie est la plus importante, une fuite pouvait avoir de graves conséquences ", explique au " Canard " Bruno Vieillefosse, patron de la mission " Pentagone à la française ".
A défaut d'avoir la meilleure armée du monde, la France a sûrement les marchés les plus transparents de la planète...
Hervé Liffran et Christophe Nobili - " Le Canard Enchaîné " du 21 décembre 2011
Ententes trop cordiales
et retours de béton
" Je suis en colère (...). Laisser entendre que dès lors qu'on est dans le BTP on est malhonnête, c'est insupportable. Cela fait vingt ans que je suis président de Bouygues, que nous imposons des règles d'éthique strictes. " Bouleversante, cette déclaration de Martin Bouygues dans le quotidien " Les Echos " du 15 décembre. On en mesure toute la portée à la lecture de dix ans de rapports de l'Autorité de la concurrence. Laquelle est chargée de réprimer les ententes, intimidations et autres abus de position dominante qui faussent les règles du marché.
-- Rapport 2010 : sanction de 17,65 millions pour Aximum, filiale de Bouygues spécialisée dans les équipements routiers, après un partage de marché avec quelques concurrents.
-- Rapport 2009 : contre-danse de 2,6 millions infligée à Colas (groupe Bouygues), pincé dans un marché de pose et entretien de voies ferrées.
-- Rapport 2007 : une douzaine de bétonneurs, dont plusieurs filiales de Bouygues, sont condamnés à verser 47 millions pour entente dans l'affaire des lycées d'Ile-de-France. Certains chantiers dégageaient des marges de 20 %. Avec réversion de 2 % aux partis politiques...
Rapport 2006 : la Concurrence boucle le dossier " Drapo ", du nom de ce logiciel inventé par un ingénieur de Bouygues qui permet de fabriquer de faux appels d'offres pour sauver les apparences dans les marchés arrangés. La punition s'élève à 10,5 millions pour le groupe.
-- Rapport 2005 : Orange, SFR et Bouygues Telecom se font pincer pour avoir organisé un " Yalta des parts de marché " sur les tarifs des abonnements de portable. La troisième entreprise devra payer 58 millions. En Seine-Maritime, Colas se fait piquer pour partage de chantiers avec cinq confrères. Tarif : 21 millions.
-- Rapport 2004 : 21 entreprises de la Manche, dont plusieurs affiliées à Bouygues, se sont partagé 79 ouvrages d'art de l'autoroute A84. La prune se chiffre à 17 millions pour les 21 complices.
-- Rapport 2003 : la cour d'appel de Paris confirme les pénalités infligées à une dizaine de bétonneurs ayant échangé des informations sur le pont de Normandie, les travaux des TGV Nord et Rhône-Alpes. Pénalité pour le seul Bouygues : 22 millions.
-- Rapport 2001 : les amendes pour entrave à la concurrence pleuvent sur les filiales de Bouygues. A Grenoble, 5,2 millions pour trois d'entre elles. A Bordeaux, 1,7 million pour Screg et Colas. A Marseille, 1,5 million, toujours pour Colas. Pas mal, pour un premier prix de vertu...
Jean-François Julliard - " Le Canard Enchaîné " du 21 décembre 2011
Quelques Remarques appropriées :
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